Par Carlos Miranda Levy · 14 juillet 2026
La série qui traite des livres très vieux comme des jouets sérieux : des capsules, de la conversation sans leçon magistrale, et les légendes de leurs auteurs racontées comme des légendes. Les règles du voyage et l'itinéraire.
Transcription de la vidéo
Cette série aurait pu s’appeler « philosophie orientale pour familles ». On lui a donné un autre nom exprès : ce titre ment deux fois, parce qu’il sonne comme un cours, et ce n’en est pas un. C’est autre chose : une collection de livres très vieux et très courts, écrits il y a des siècles de l’autre côté du monde, traités comme ce qu’on découvre qu’ils sont quand on les lit en famille : des jouets sérieux. Règle numéro un du voyage : personne n’explique. L’adulte n’est pas un guide touristique, c’est un autre voyageur. Si votre fille ou votre fils construit une lecture qui contredit la vôtre, il prend l’avantage. On voyage en capsules : un chapitre, une maxime, un passage à la fois. Là où un livre ne tient pas, une page tient, et une page tient dans n’importe quel moment à table. Les ponts comptent. L’anime, le manga, le wuxia, Star Wars, les jeux vidéo : ce ne sont pas des distractions du texte, c’est la preuve qu’il est encore vivant. Chaque pont que votre enfant apporte se prend au sérieux. Les légendes se racontent comme des légendes. Chaque histoire d’auteur vient étiquetée : documentée, légende avec source ou fiction postérieure. Apprendre à distinguer ces trois choses est le souvenir le plus précieux du voyage. Pourquoi ça marche : ces livres sont vraiment brefs, vraiment étranges et ne se laissent pas résoudre. Ils produisent ce qui manque le plus, des conversations où l’adulte non plus ne connaît pas la réponse. Là, sur ce terrain d’égal à égal, c’est là qu’un enfant ose penser à voix haute. Bon voyage : on marche mieux sans carte.
Cette série aurait pu s’appeler « Philosophie orientale pour les familles ». Nous lui avons donné un autre nom, exprès, parce que ce titre-là ment deux fois : il sonne comme un cours, et ce n’en est pas un ; il sonne solennel, et ici la solennité est interdite.
Un voyage en Orient, c’est autre chose : une collection de livres très vieux et très courts — écrits il y a des siècles, à l’autre bout du monde — traités pour ce que nous avons découvert qu’ils sont lorsqu’on les lit en famille : des jouets sérieux. Des textes en capsules de deux minutes qui se laissent lire le temps d’un après-repas, discuter le temps d’un trajet, et démonter au milieu des rires. Des livres qui supportent qu’une fillette de onze ans leur trouve le défaut et qu’un garçon de quinze les relie à son anime — parce qu’ils en supportent bien pire depuis des siècles.
Ensuite ? Le voyage décide. Il y a des candidates — les Entretiens de Confucius en capsules, le Yi King comme jeu, les kōans — mais une règle du wu wei vaut aussi pour les séries : ne pas forcer l’itinéraire.
Parce que ces livres partagent trois vertus que presque aucun contenu « pour enfants » ne possède : ils sont vraiment brefs, ils sont vraiment étranges — ils viennent de si loin dans le temps et l’espace que personne, à la table, ne joue à domicile —, et ils se refusent à être résolus. Cette combinaison produit ce qui manque le plus : des conversations où l’adulte non plus ne connaît pas la réponse. C’est là, sur ce terrain d’égal à égal, qu’un enfant ose penser à voix haute.
Une précision, parce que dans cette maison on fait attention à ces choses : ils ne sont pas tous aussi vieux les uns que les autres. Deux viennent de la Chine antique — le Tao Te Ching, dont l’essentiel a été mis par écrit à partir du Ve siècle av. J.-C., et L’Art de la guerre — et le troisième est japonais, du XVIIe siècle. « Des livres très vieux » convient pour le titre ; à table, mieux vaut les dates.
Bon voyage. On marche mieux sans carte.
Note de Carlos — l’auteur
Le nom compte : je ne voulais pas que cela sonne comme de la philosophie, parce que ce n’en est pas — c’est jouer avec des livres qui refusent de se laisser dompter, et raconter les légendes de leurs auteurs pour ce qu’elles sont : des légendes. Si un enfant sort de ce voyage en sachant distinguer un document d’un mythe et d’un roman, cela aura déjà valu plus qu’un semestre entier de cours.
Polo — le concierge conclut
Le voyage commence à la première étape : Le Tao Te Ching, ensemble, avec sa fiche Un chapitre du Tao pour ce soir même. Les étapes 2 et 3 mijotent au four. Et une recommandation de vieux concierge : n’achetez pas les trois livres d’un coup — le bagage léger, c’est la moitié de la méthode.
Seules figurent les sources qui ont été récupérées et effectivement lues. Consultées le 26 juillet 2026. Rapport complet, avec un verdict par affirmation et l’inventaire des sources qui **n’**ont pas pu être ouvertes : resources/research/un-viaje-a-oriente.md. L’étape 1 a son propre rapport : resources/research/el-tao-te-ching-juntos.md.
Chan, Alan K. L. «Laozi.» Stanford Encyclopedia of Philosophy, rév. 22/10/2025 — https://plato.stanford.edu/entries/laozi/ Soutient : que l’essentiel du Laozi a probablement été mis par écrit à partir de la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C., et que pour certains spécialistes actuels « Laozi is entirely legendary; there was never a historical Laozi ».
Littlejohn, Ronnie. «Laozi (Lao-tzu).» Internet Encyclopedia of Philosophy — https://iep.utm.edu/laozi/ Soutient : que Sima Qian propose trois candidats à la paternité du livre — Li Er de Chu, Laolaizi et Dan l’historiographe — sans trancher entre eux ; et que le livre remis au gardien du col comptait « 5,000 characters in length ».
Lao zi. Tao Te King, trad. Anne-Hélène Suárez Girard, préface de François Jullien. Siruela, El Árbol del Paraíso 83, 2e éd. 2022, ISBN 978-84-16396-83-2 — https://www.siruela.com/catalogo.php?id_libro=2782 Soutient : le chiffre de la brièveté — « pas plus de cinq mille caractères en chinois ». (Le jugement de Jullien selon lequel c’est « le plus bref » des grands livres de sagesse est son opinion, pas une donnée, et c’est pourquoi cet article ne le reproduit pas.)
Sun Tzu. The Art of War, trad. Lionel Giles, M.A., 1910. Attribution du traducteur et de l’année via Project Gutenberg n° 132 — https://www.gutenberg.org/files/132/132-h/132-h.htm ; texte du chapitre III consulté sur les Marxists Internet Archive — https://www.marxists.org/reference/archive/sun-tzu/works/art-of-war/ch03.htm Soutient : le vers central de l’étape 2 — « to fight and conquer in all your battles is not supreme excellence; supreme excellence consists in breaking the enemy’s resistance without fighting » (chap. III, v. 2) — et la hiérarchie des options qui place le siège d’une ville fortifiée tout en bas (v. 3). L’introduction de Giles note par ailleurs que l’existence historique de Sun Wu a été mise en doute, entre autres raisons parce que le Tso Chuan ne le mentionne pas ; Giles la défend et date le texte vers 505–496 av. J.-C., mais met le débat sur la table.
«Master Swordsman Miyamoto Musashi: The Man Behind The Book of Five Rings.» Nippon.com — https://www.nippon.com/en/japan-topics/g00689/master-swordsman-miyamoto-musashi-the-man-behind-the-book-of-five-rings.html Soutient : que Musashi est né en 1582 et mort en 1645 ; qu’il a commencé Gorin no sho deux ans après être entré au service du clan de Kumamoto et l’a terminé « a year and a half later—just a week before he himself died » ; que « the foundation of mastery of a way is to train », avec la formule « train for a thousand days, then practice for ten thousand » ; et qu’il était peintre à l’encre, avec son Koboku meigeki-zu (« pie-grièche sur une branche morte ») conservé au Kuboso Memorial Museum of Arts, à Izumi.
The Criterion Channel. «George Lucas on Akira Kurosawa» (bonus de The Hidden Fortress), interview de 2001 — https://www.criterionchannel.com/the-hidden-fortress/videos/george-lucas-on-akira-kurosawa Soutient : l’exemple d’influence documentée par le créateur de la règle 3 — Lucas « details the elements of THE HIDDEN FORTRESS that directly inspired STAR WARS ».
Wetmore, Kevin J., Jr. The Empire Triumphant: Race, Religion and Rebellion in the Star Wars Films. McFarland, 2005, ISBN 978-0-7864-2219-7 — https://mcfarlandbooks.com/product/the-empire-triumphant/ Soutient : l’exemple de lecture de la critique de la règle 3 — qu’il existe une analyse académique publiée des « religious undertones from Taoism and Buddhism » dans Star Wars, avec le chapitre « May the Tao Be with You ».
Clarke, Lee (Nottingham Trent University). «The Buddhist and Taoist influences that underpin the Star Wars universe.» The Conversation, 06/12/2022 — https://theconversation.com/the-buddhist-and-taoist-influences-that-underpin-the-star-wars-universe-195597 Soutient, et c’est pour cela qu’elle est citée : que la connexion taoïste de Star Wars est un parallèle, pas une filiation prouvée. Elle n’apporte aucune déclaration de Lucas sur le taoïsme : elle parle d’« other possible Chinese influences ».
Ce que cette introduction n’affirme PAS avec un appui : qu’aucun des trois livres ne soit « le plus traduit » ou « le plus lu » de quoi que ce soit (cela n’a pas été vérifié — « le plus célèbre » reste une affirmation propre à la maison, une décision éditoriale du fondateur) ; que l’anime, le manga ou le wuxia descendent de ces textes (seule une ressemblance est affirmée, et elle est étiquetée comme telle) ; que L’Art de la guerre ou Le Livre des cinq anneaux soient aussi brefs que le Tao Te Ching (cela n’a pas été vérifié) ; que l’existence de Musashi soit mise en doute (elle ne l’est pas : c’est le cas « documenté » de la série) ; et que la thèse des « conversations où l’adulte non plus ne connaît pas la réponse » ait un appui dans la recherche en éducation — c’est une conviction de la maison, pas une découverte.
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