Ce lundi 27 juillet · 19 h — Rencontre de parents à Saint-Domingue Inscription gratuite →
Article

Les Sanchos de nos Don Quichotte

Par Carlos Miranda Levy · 13 juillet 2026

Ton enfant entre avec une épée en carton et un plan impossible. Tu peux rétrécir le rêve jusqu'au raisonnable — ou aller chercher ta propre épée. Sur l'art d'habiliter l'aventure sans mentir sur les moulins.

WhatsApp X Facebook E-mail
le tip en une minute — l’article complet, c’est cette page

Transcription de la vidéo

Votre enfant entre dans la cuisine avec une épée en carton et un plan impossible. Il va construire une fusée, creuser un tunnel jusqu'à l'autre bout de la planète en commençant par la cour. Il le dit avec le plus grand sérieux, et il vous regarde en attendant — pas la permission : l'enrôlement. Et là, en un quart de seconde, se décide quel genre de parent vous allez être. Vous pouvez commencer à rétrécir le plan jusqu'à ce qu'il tienne dans le raisonnable, comme presque tout le monde. Ou vous pouvez faire autre chose : vous pouvez aller chercher votre épée. Parce que l'enfant, c'est Don Quichotte, et il n'est pas fou. Ce qu'il a n'est pas du délire : c'est le refus de rétrécir le monde à la taille du raisonnable. Ce sérieux qui traite l'impossible comme un plan de travail, c'est de là que sortent ceux qui changent quelque chose. Le parent, c'est Sancho, et Sancho a choisi de monter. Il n'a pas expliqué à son chevalier que les géants étaient des moulins avant de rester à la maison : il a sellé, chargé les provisions et chevauché à ses côtés. Habiliter, ce n'est pas applaudir depuis le canapé ; c'est entrer dans le jeu. Mais Sancho n'est pas un flatteur : il nomme les moulins. Vous pouvez embarquer dans l'aventure de la fusée et lui dire en même temps que le carton ne résiste pas au feu. Il tient le rêve d'une main et montre le moulin de l'autre. Ne lui mentez pas juste pour qu'il rêve. Et oui, parfois l'écuyer descend de cheval et dit non. Il y a des aventures qu'on n'habilite pas parce qu'elles ne sont pas sûres, et là l'enthousiasme cède la place à la protection. Habiliter a des limites, et les connaître fait partie du métier. Le travail d'un parent-Sancho, c'est que nos Quichotte n'aient jamais à se rétracter : que le rêve mûrisse au lieu de mourir de réalisme. Que l'enfant qui allait creuser jusqu'en Chine devienne le géologue qui comprend vraiment ce qu'il y a sous la cour. Ce site n'est pas votre Sancho. L'écuyer de l'aventure de votre enfant, c'est vous, parce que vous connaissez le chevalier et c'est vous qui restez. Alors quand il entrera avec l'épée en carton et le plan impossible, vous savez déjà ce qui se décide. Allez chercher votre épée.

Version verticale — à partager sur les réseaux

Ton enfant entre dans la cuisine avec une épée en carton et un plan impossible. Il va construire une fusée. Il va être le meilleur du monde dans quelque chose qu’il a découvert ce matin. Il va creuser un tunnel jusqu’à l’autre bout de la planète en commençant par le jardin. Il le dit avec un sérieux total, sans une goutte d’ironie, et il te regarde en attendant — non pas la permission : l’enrôlement.

Et là, en un quart de seconde, se décide quel genre de parent tu vas être. Parce que tu peux faire ce que fait presque tout le monde, à savoir, avec les meilleures intentions, commencer à rétrécir le plan jusqu’à ce qu’il tienne dans le raisonnable. Ou tu peux faire autre chose. Tu peux aller chercher ton épée.

L’enfant est Don Quichotte, et il n’est pas fou

Nous avons pris l’habitude de lire Don Quichotte comme le pauvre vieux qui confond les moulins avec des géants : une blague, un délire, une mise en garde sur ce qui arrive quand on prend ses rêves trop au sérieux. Mais regarde ton enfant avec son épée en carton et tu verras que cette lecture est trop courte. Ce qu’a l’enfant, ce n’est pas du délire. C’est quelque chose de bien plus précieux et de bien plus fragile : le refus de rétrécir le monde à la taille du raisonnable.

L’enfant prend la fusée au sérieux. Et ce sérieux — cette capacité à traiter l’impossible comme un ordre du jour de travail — est exactement le matériau dont sortent ensuite les scientifiques, les fondateurs, ceux qui changent effectivement quelque chose. Ce n’est pas un défaut que la vie corrigera peu à peu. C’est une force que la vie va dépenser peu à peu, avec notre aide ou malgré nous. La question n’est pas de savoir si ton enfant a raison au sujet de la fusée. C’est de savoir si son sérieux mérite un écuyer.

Il mérite un écuyer.

Le parent est Sancho, et Sancho a choisi de monter

Voici le cœur de la thèse du fondateur, dans ses mots :

Nous, les parents, devons être les Sanchos de nos enfants Don Quichotte — et les habiliter.

Sancho, lu avec générosité, est ce qu’il y a de plus beau dans le livre : le compagnon qui, moitié par affection, moitié par crédulité, habilite la folie de son chevalier. Regarde ce que Sancho fait, car c’est tout le contraire de regarder depuis le banc de touche. Sancho n’explique pas à Don Quichotte que les géants sont des moulins et ne reste pas à la maison. Sancho selle, charge les provisions, apprend le métier, et monte. Il entre dans l’aventure au lieu de la commenter. Il chevauche à ses côtés, et — c’est là le décisif — il reste.

Et il convient de ne pas l’idéaliser, car Cervantès ne l’idéalise pas. Sancho ne monte pas par pure noblesse : on le convainc. Don Quichotte « lui en a tant dit, tant l’a persuadé et lui a tant promis » que le paysan a accepté, entre autres pour la promesse qu’en n’importe quelle aventure il pourrait gagner « quelque île » et en devenir gouverneur. Sancho quitte femme et enfants pour cela. C’est un écuyer avec son propre intérêt dans la besace — et malgré cela il reste jusqu’à la toute dernière page. À moi, cela me semble une meilleure nouvelle que la version sainte : cela signifie que pour être le Sancho de quelqu’un, il n’est pas nécessaire d’être pur. Il suffit de monter et de ne pas descendre.

Voilà ce qu’est habiliter. Ce n’est pas applaudir depuis le canapé pendant que l’enfant joue seul. C’est entrer dans le jeu : apprendre les règles de la fusée, trouver le carton, tenir l’échelle. C’est la différence entre le parent qui dit « comme c’est mignon, continue à jouer » et celui qui demande « par où commence-t-on ? ».

Et c’est aussi le pilier le plus difficile du credo de cette maison. Notre credo — NEVER HELP : Engage, Enable, Inspire, Empower, Connect — a un mot qui nous coûte, à nous les parents, plus que tout autre : Enable, habiliter. Ne pas faire à la place de l’enfant. Ne pas lui résoudre les choses. L’habiliter : lui donner ce dont il a besoin pour que l’aventure soit la sienne. Sancho, c’est ce mot fait conte. Voilà pourquoi nous le racontons avec la compagnie la plus chère de la langue.

Et il s’avère qu’habiliter a un nom technique et cinquante ans d’études derrière lui. Cela s’appelle l’étayage, et les chercheurs qui l’ont décrit l’ont défini presque avec les mots de cet essai : l’adulte contrôle les éléments de la tâche qui, pour l’instant, dépassent l’apprenti, afin que celui-ci puisse se concentrer sur ceux qu’il maîtrise déjà et arriver au bout par lui-même. Tenir l’échelle, ne pas grimper à sa place. La première fonction de cet adulte, dans la liste des auteurs, n’est pas de corriger : c’est de recruter — accrocher l’intérêt de l’autre pour l’entreprise. D’abord on selle. Et il y a plus : chez des enfants du primaire, le degré auquel les parents encourageaient la résolution indépendante, le choix et la participation aux décisions — plutôt que de dicter le résultat depuis l’extérieur — était associé à plus d’autorégulation, plus de compétence et de meilleures notes. L’aventure doit être la sienne. Ce n’est pas du sentimentalisme : c’est ce qui la fait fonctionner.

Sancho n’est pas un flatteur : il nomme les moulins

Attention, maintenant, car c’est ici que cet article joue son honnêteté.

Habiliter l’aventure, ce n’est pas mentir sur la réalité. Et Sancho — le vrai, pas la caricature — n’a jamais été un « oui-oui ». Sancho discute. Sancho négocie. Sancho dit à son chevalier, en face et depuis sa selle, que ces choses là-bas sont des moulins : « Que Votre Grâce prenne garde que ce qui paraît là-bas, ce ne sont pas des géants, mais des moulins à vent, et ce qui semble être des bras, ce sont les ailes » (première partie, chapitre VIII). Il le lui dit avant le coup, pas après. Et quand le chevalier l’ignore, charge quand même et finit par rouler à terre, Sancho ne s’en va pas et ne croise pas les bras : « Sancho Pança accourut à son secours, au grand galop de son âne » — et c’est seulement alors, en l’aidant déjà, qu’il se permet le « ne l’avais-je pas dit à Votre Grâce ? ». Voilà l’ordre complet du métier : avertir avant, ramasser après, reprocher en dernier et sans lâcher. La règle qui sauve cette idée de devenir une éducation permissive tient en une ligne :

Habilite le chevalier ; ne lui mens pas sur les moulins.

Tu peux monter dans l’aventure de la fusée et dire à ton enfant que le carton ne résiste pas au feu. Tu peux prendre au sérieux son plan de devenir le meilleur du monde et lui raconter, sans cruauté, combien d’heures se cachent derrière un « meilleur du monde ». Tu ne le fais pas descendre du cheval : tu lui ajustes le cap. Le pieux mensonge — « oui, dès demain tu arrives en Chine par le jardin » — n’est pas de l’amour, c’est de l’abandon sous un beau visage : il le laisse seul face à un choc que tu as vu venir et passé sous silence.

L’écuyer honnête fait les deux choses à la fois, et cette simultanéité est tout le métier : il soutient le rêve d’une main et montre le moulin de l’autre. L’enfant n’a pas besoin qu’on lui mente pour rêver. Il a besoin que quelqu’un croie assez à l’aventure pour lui dire la vérité à l’intérieur d’elle.

Et ce n’est pas seulement de l’élégance morale : l’enthousiasme gonflé se paie, et il se fait payer par le mauvais enfant. Dans une expérience menée avec 240 enfants de huit à douze ans, ceux qui avaient l’estime de soi la plus basse ont recherché moins de défis après avoir reçu un éloge exagéré pour un dessin — tandis que chez ceux qui avaient une haute estime de soi, c’est l’inverse qui s’est produit. La différence entre les deux phrases de l’expérience tenait en un seul mot : « incroyablement ». Voilà la taille réelle du pieux mensonge. Un adverbe de trop, et l’enfant qui avait le moins confiance en lui comprend qu’il faut désormais être à la hauteur de « incroyable », et choisit la tâche facile.

Et oui, l’écuyer descend parfois de cheval et dit non. Il y a des aventures qu’on n’habilite pas — celles qui font du mal, celles qui ne sont pas sûres —, et là l’enthousiasme cède le pas, sans dramatiser, à la protection. Habiliter a des limites, et les connaître fait partie du métier, ce n’est pas le trahir.

Que nos Don Quichotte n’aient jamais à se rétracter

Il faut parler de la fin, car le livre en a une amère. Don Quichotte meurt lucide. Il recouvre son jugement, renie ses livres, et se déclare l’ennemi de ses propres aventures : « Je ne suis plus Don Quichotte de la Manche, mais Alonso Quichano… Je suis maintenant l’ennemi d’Amadis de Gaule et de toute l’infinie cohorte de sa lignée ; toutes les histoires profanes de la chevalerie errante me sont désormais odieuses » (deuxième partie, chapitre LXXIV). Et il meurt de bon sens quelques pages plus tard. Lire cela ainsi — la lucidité comme reddition, le chevalier guéri de son rêve, et la guérison qui le tue — est une lecture qui m’appartient, non un verdict des cervantistes ; le livre en admet d’autres. Mais c’est la lecture qui m’intéresse en tant que parent, et c’est pourquoi je m’y tiens.

Voici la ligne dont traite tout cet essai :

Le travail d’un parent-Sancho est de veiller à ce que nos Don Quichotte n’aient jamais à se rétracter — à ce que le rêve mûrisse au lieu de mourir de réalisme.

Parce qu’il y a deux manières pour l’aventure de prendre fin. L’une, c’est qu’elle grandisse : que l’enfant qui allait creuser jusqu’en Chine devienne le géologue qui comprend vraiment ce qu’il y a sous le jardin ; que le plan impossible se décante, avec les années et un écuyer honnête à ses côtés, en une vie avec une direction. Cela n’est pas une rétractation. C’est une maturation. Le rêve n’est pas mort : il a grandi.

L’autre manière, c’est que le rêve se rende. Qu’à force de « sois réaliste », de moulins nommés sans tendresse, d’écuyers qui n’ont jamais monté, l’enfant apprenne que rêver était une honte dont il faut guérir. Qu’il arrive à vingt ans déjà réconcilié avec le petit, ennemi de ses propres Amadis. Cela — et non l’échec d’aucune fusée — est ce qu’un parent-Sancho existe pour empêcher.

Nous ne pouvons pas garantir que l’aventure atteigne sa destination. Aucun écuyer ne le peut. Ce qui est en notre pouvoir, c’est que le rêve ne meure pas d’un réalisme prématuré faute de compagnie. Que si un jour il change, il change parce qu’il a mûri, non parce qu’il a eu honte.

Le cheval est à toi

Une dernière chose, qui est presque un aveu de cette maison. Ce site n’est pas ton Sancho. L’écuyer de l’aventure de ton enfant, c’est toi — cela doit être toi, parce que c’est toi qui connais le chevalier, toi qui peux monter, toi qui restes. Nous, nous restons aux écuries : nous sellons les chevaux, nous gardons les provisions à portée de main, nous entretenons le métier. Mais l’aventure, c’est toi qui la chevauches.

Nous avons choisi cette paire pour une raison. Selon l’Instituto Cervantes, Don Quichotte a été traduit — intégralement ou partiellement — en plus de cent quarante langues et variantes linguistiques depuis 1612. Quatre siècles de gens qui traduisent, dans toutes les langues imaginables, l’histoire d’un homme qui a pris au sérieux quelque chose d’impossible, et du voisin qui a décidé de l’accompagner. Il y a là quelque chose dans lequel nous nous reconnaissons tous.

Comme le dit le guide de la maison, et nous le laissons ici pour ce que c’est, un clin d’œil :

« Tout parent est un Don Quichotte… et tout enfant aussi. Moi, je ne fais que seller les chevaux. »

Alors quand ton enfant entrera dans la cuisine avec l’épée en carton et le plan impossible, tu sais déjà ce qui se décide en ce quart de seconde. Non pas s’il a raison. S’il va monter seul, ou avec toi à ses côtés.

Va chercher ton épée.

Commentaires de la maison

Note de Carlos

Cette idée est née d’une conversation sur Sancho lui-même : l’écuyer qui a sellé l’âne en sachant comment finissent les histoires de chevaliers — et qui est resté jusqu’à la dernière page. C’est ce que nous sommes, ou devrions être : les Sanchos de nos Don Quichotte. Non pas l’adulte qui corrige le rêve depuis le pas de la porte, mais celui qui entre dans l’aventure, négocie avec le chevalier et ne lui ment pas sur les moulins. Le Coach a raison dans son domaine, comme presque toujours : l’enthousiasme sans structure ne survit pas au premier coup — chez moi, l’aventure a aussi son horaire d’entraînement. Mais l’ordre des facteurs importe : d’abord on selle, ensuite on entraîne. Un rêve que personne n’a habilité n’arrive même pas à avoir besoin de discipline. Que nos Don Quichotte fassent mûrir leur rêve — au lieu de le voir mourir de réalisme.

Virgilio « Coach » Reyes — la structure

Vingt-cinq ans passés au bord d’un terrain m’ont appris quelque chose qui manque à ce texte si joli : l’enthousiasme habilite le rêve, mais ce qui le fait survivre au premier coup, c’est la structure. Il ne suffit pas au chevalier que tu montes à ses côtés ; il lui faut de l’entraînement, de la répétition, un plan de la semaine. Moi, je marche la portion dure avec toi — mais je ne cours pas la course à ta place, ni à celle de ton enfant. Seller le cheval est le commencement. Lui apprendre à chevaucher chaque jour, c’est ce qui ne se voit pas dans cet essai, et c’est la moitié du travail.

Sancho, « l’Écuyer »

Enfin quelqu’un me lit comme je le mérite, et non comme le gros qui dit des sottises. Oui : j’ai monté par plaisir, non par tromperie. Mais que personne ne confonde l’écuyer avec le flatteur — j’ai dit à mon seigneur que c’étaient des moulins, et je le lui ai dit à cheval, non depuis le pas de la porte. Voilà l’art : je ne défends ni la raison des parents ni la fantaisie des enfants, je défends la quête du garçon. Je l’habilite et je la négocie. Qu’il rêve tant qu’il veut ; les moulins, c’est moi qui les lui nomme, avec tendresse et à temps.

Polo — le concierge

Si cet essai t’a donné envie de seller, dans le garde-manger tu as de quoi : « Semer pour manger » (/actividades/sembrar-para-comer), une longue aventure avec de vrais moulins — la patience, la récolte qui parfois ne vient pas — pour accompagner sans mentir ; « La conversation trop précoce » (/actividades/conversaciones-demasiado-tempranas), pour le prendre au sérieux comme quelqu’un qui pense ; et /sistemas, si tu veux voir comment un rêve devient une pratique soutenue. Moi je te montre les écuries ; le cheval, c’est toi qui le montes.

Sources et références

Chaque source de cette liste a été consultée directement dans son texte original avant d’être citée. Les citations du Quichotte sont vérifiées par rapport à l’édition du Centro Virtual Cervantes, chapitre par chapitre. Ce qui, dans l’essai, relève de la lecture ou du jugement — la fin comme reddition, les limites de l’habiliter — est dit comme tel et ne porte pas d’appui emprunté.

Aidez-nous à l’améliorer

Quelque chose vous a semblé faux, manquant ou de trop ? Dites-le-nous — les bons commentaires améliorent les articles.

Tu mensaje llega directo, sin salir de la página. Todo se lee.