Sa meilleure amie traîne maintenant avec une autre, et ta fille rentre blessée : « elle ne m'aime plus », « elle m'a remplacée ». Jalousie, tristesse, parfois colère. Le triangle de l'amitié lui fait mal comme un chagrin d'amour.
Sa douleur te donne envie d'intervenir : parler à l'autre mère, lui dire qu'il y a d'autres amis, ou minimiser (« ce sont des histoires de filles »). Respire. La jalousie dans l'amitié est un vrai chagrin d'amour à cet âge, et aussi une occasion en or d'enseigner quelque chose de grand : que l'affection ne se possède pas, qu'un ami peut aimer plus d'une personne sans te prendre ta place, et qu'exiger l'exclusivité étouffe les liens. Ni minimiser sa douleur ni la résoudre à sa place : l'accompagner à la traverser et à en apprendre.
Sépare le sentiment de la gestion. La jalousie entre amis est très courante, surtout quand il y a un « meilleur ami » très intense et qu'un troisième apparaît. Ça fait vraiment mal —pour un enfant ou un préado, l'amitié intime a un poids énorme, et voir sa personne se rapprocher d'une autre se vit comme une perte et un rejet. Le sentiment en soi n'est pas mauvais (c'est le signe que ce lien lui importe) ; ce qui compte, c'est ce qu'elle en fait. Le risque, c'est que la jalousie se transforme en conduites qui abîment l'amitié : exiger l'exclusivité, faire culpabiliser l'amie, rivaliser avec la troisième ou l'attaquer, ou se retirer blessée sans rien dire. Derrière, il y a souvent une idée qu'il vaut mieux démonter avec tendresse : que l'amour et l'amitié sont à somme nulle, que si l'autre aime quelqu'un d'autre, c'est qu'elle m'aime moins. Apprendre que l'affection ne s'épuise pas et que l'amitié ne se possède pas est un apprentissage qui lui sert toute la vie, en amour aussi.
Ne minimise pas sa douleur (« ce sont des bêtises », « tu te feras d'autres amies ») —pour elle c'est une perte réelle, et lui ôter de l'importance la laisse seule. Ne t'en mêle pas pour le résoudre toi-même en parlant à l'autre fille ou à sa famille : tu l'exposes et lui retires son processus. N'alimente pas la rivalité en disant du mal de la troisième ni en prenant parti dans la guerre. Ne la pousse pas à « exiger » l'exclusivité ni à poser des ultimatums à l'amie (cela étouffe l'amitié). Mais ne lui apprends pas non plus à tout avaler et se taire : il y a un milieu entre exiger et disparaître. Et ne projette pas tes propres histoires d'amies qui t'ont trahie : écoute la sienne.
Sans classement, à dessein : il n'y a pas deux enfants pareils, et le tien n'est même pas le même qu'hier. Lis laquelle convient chez toi, aujourd'hui — ou combine.
Valide le sentiment en le séparant de la conduite : « Tu es jalouse parce que tu l'aimes beaucoup et que tu as peur de la perdre ; ça se comprend, tu n'es pas méchante de le ressentir. » Nommer la jalousie sans la condamner en baisse l'intensité et lui permet de réfléchir au lieu de seulement réagir. Ressentir de la jalousie n'est pas le problème ; le problème serait ce qu'elle décide d'en faire, et là tu peux l'accompagner.
Démonte avec tendresse l'idée qui lui fait mal : « Que ton amie aime quelqu'un d'autre ne veut pas dire qu'elle t'aime moins ; l'affection ne s'épuise pas, il y a de la place pour plus d'un. » Aide-la à voir qu'elle aussi aime plusieurs personnes sans cesser d'aimer chacune. Comprendre que l'amitié n'est ni possession ni exclusivité retire le venin à la jalousie et la protège des liens étouffants, maintenant et plus tard.
Sans la pousser à « remplacer » l'amie, aide-la à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier : cultiver d'autres amitiés, des activités où elle brille, sa propre vie. Un réseau plus large fait qu'aucune amitié ne pèse au point que sa perte la coule. Il ne s'agit pas d'aimer moins son amie ; c'est que son monde ne dépende pas d'une seule personne —cela lui donne de la sécurité et, paradoxalement, des amitiés plus saines.
Accompagne-la quand elle en parle, dans un moment tranquille et en tête-à-tête, pas à chaud ni devant des frères et sœurs qui se moquent. Ne lui fais pas la leçon juste quand elle arrive en pleurs : valide d'abord, et les idées (l'affection ne s'épuise pas, cultiver son monde) viennent après, quand elle peut écouter. S'il y a un autre adulte qui élève l'enfant, veillez à ne pas en rire ni à prendre parti dans la rivalité. Et sois patient : les triangles d'amitié vont et viennent à ces âges ; souvent ils se règlent seuls, et ton calme lui apprend qu'un accroc dans une amitié n'est pas la fin.
La jalousie dans l'amitié fait partie normale de l'apprentissage de l'amour et s'accompagne presque toujours à la maison. Il vaut la peine de regarder de plus près si le schéma se répète dans toutes ses amitiés (toujours jalouse, toujours à exiger l'exclusivité, toujours à finir blessée), si la jalousie débouche sur des conduites qui l'isolent ou sur le fait d'agresser les autres, ou si la douleur de ces va-et-vient est disproportionnée et soutenue —tristesse qui ne cède pas, sensation constante de ne pas être aimée, anxiété sociale. Aussi si l'amitié est devenue contrôlante ou nuisible dans un sens ou l'autre. Un psychologue pour enfants aide quand la jalousie cesse d'être un épisode et devient une manière de se lier qui la fait souffrir. Ceci est un commentaire entre pairs, pas un conseil clinique : dans le doute, en parler tôt l'aide à apprendre à aimer sans s'étouffer.
Tout le contenu de cette maison est un commentaire et des suggestions entre pairs — il ne remplace pas l'aide professionnelle. Il revient à chaque mère et à chaque père de repérer la situation et de la chercher quand elle peut servir. S'il te faut un numéro, consulte le répertoire des lignes d'aide par pays. L'avertissement complet, ici.
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